2011. Un film sort presque sans bruit, avec un budget modeste et un casting extraordinaire : Kevin Spacey, Jeremy Irons, Demi Moore, Stanley Tucci, Zachary Quinto. Il s'appelle Margin Call. Il raconte 24 heures dans la vie d'une banque d'investissement fictive qui vient de découvrir qu'elle est insolvable.

C'est, à notre sens, le film le plus honnête jamais réalisé sur la finance institutionnelle.

La nuit où tout bascule

Un analyste junior découvre, en modifiant légèrement les paramètres d'un modèle de risque, que la banque est exposée au-delà de ce que ses fonds propres peuvent absorber. La nouvelle remonte la hiérarchie en quelques heures. Au petit matin, le comité de direction doit décider : vendre massivement avant l'ouverture des marchés, quitte à déclencher une crise systémique — ou attendre, et mourir.

Ce qui rend le film remarquable, c'est son absence de manichéisme. Il n'y a pas de méchants au sens classique. Il y a des hommes et des femmes sous pression extrême, chacun rationnel dans son propre référentiel, qui prennent des décisions dont les conséquences dépassent infiniment leur compréhension.

La réplique la plus juste de l'histoire du cinéma financier

Jeremy Irons, PDG de la banque, face à ses équipes au petit matin : « Soyez les premiers. Soyez rusés. Ou trompez. » C'est brutal, cynique, et parfaitement exact. Dans les marchés, la première option disponible a une valeur que les suivantes n'auront plus jamais.